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G.F. Haendel, Dixit Dominus

G.F. Haendel, Dixit Dominus

  • Date de début : 19/06/2021
  • Heure de début : 20:00:00
  • Lieu : Riquewihr, église protestante
  • : 28,00 €
    Billetterie

Musiciens

Programme

Agostino Steffani (1654-1728)
Stabat Mater

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
Dixit Dominus

Jan Dismas Zelenka (1679-1745)
Miserere en Do 


"Du sein de l'aurore, ta jeunesse vient à toi comme une rosée" (psaume 109)

La génération 1700 : un nouveau baroque
Au centre de ce programme, trois œuvres – toutes composées à l’orée du 18ème siècle, sont l’image d’un second baroque. Nous ne sommes plus en 1580, l’émergence d’un autre monde rejetant la robe de bure des formes passées pour revêtir l’habit de lumière de l’opéra est né. Des laudes à la cantate pour l'édification, le musicien occidental de 1700 souhaite bâtir des fresques témoignant de sa présence. Il souhaite être messager. Les voix s'individualisent et le vertige de l'exubérance succède à la froide transe du tête-à-tête avec Dieu.

Au cours du 17ème siècle, l'Europe aura vu la révolte des protestants de France, la montée puis le schisme du jansénisme, et la toute-puissance du mouvement piétiste en Allemagne. Suivant les cours et les chapelles, l’artiste servait la parole forgée au feu biblique de Luther ou les ors des fêtes solennelles catholiques. Les mêmes musiciens passaient d'un style à l'autre suivant les tourmentes ou les contraintes de l'histoire d'un jour, parcourant l’Europe et se nourrissant des trois principales écoles stylistiques dominant le Continent : l’Italie, l’Allemagne et la France.

C’est ainsi que le 18ème siècle s'ouvre avec l'affirmation de l'artiste. Ce monde au carcan féodal encore apparent en Allemagne du Nord et à la Foi si prégnante, montrait déjà sous ses apparences de château-fort de Dieu, tous les tumultes intérieurs dont il frémissait. Par le soleil au-delà des styles qui passaient de la France à l'Allemagne, et de l'Italie à la terre entière, la verticalité des prières allait se fondre dans la jubilation des concerti. Un âge d'or des passions débuta avec la volonté d'être expressif donc vivant, avant tout… 

Steffani : un agent secret dans l’Europe des Lumières
« Pour ce qui en est de sa personne, il était moins grand que les gens d’ordinaire, d’une constitution fragile qu’il n’avait pas peu affaibli par des études intensives et assidues. On dit que sa tenue était grave quoique tempérée par une douceur et une affabilité qui rendaient sa conversation très engageante ; il était parfaitement à l’aise avec toutes les manifestations du comportement poli et, chose inhabituelle, il continua de les pratiquer et de les observer jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans. » John Hawkins Memoirs of the life of Sig. Agostino Steffani, 1750 ca.

Musicien célèbre et respecté en son époque, Steffani a connu une longue période de silence avant que les travaux des musicologues et l’intérêt des interprètes spécialisés de musique ancienne ne parviennent à le sortir d’un injuste oubli au cours des dernières décennies. C’est à Cecilia Bartoli, seulement en 2012 – via son projet « Mission », que l’on doit véritablement sa redécouverte par le grand public. Cela est sans doute du à l’impossibilité de le classer dans une école spécifique, celui-ci ayant voyagé toute son existence.
Compositeur, diplomate et évêque, Steffani passa son enfance à Padoue et Venise avant de partir à Münich, au service du comte Tattenbach. Elève de J.K. Kerll en orgue, il compléta sa formation à Rome, en France (où il joua devant Louis XIV) et en Italie du Nord. Menant de front une carrière internationale de diplomate, aux services des mariages princiers, il devint – en 1688, Maître de Chapelle de l’opéra de la cour de Hanovre. Après un bref séjour à Bruxelles, puis des fonctions à Düsseldorf et Heidelberg, il fut – notamment – nommé évêque de Spiga en 1706.  

L’inspirateur de G.F. Haendel ou l’Europe à l’heure italienne
Ayant été lui-même chanteur au tout début de sa carrière, Steffani pouvait compter sur ses acquis au moment de revêtir un texte de musique : son écriture se démarque par une extrême virtuosité mais aussi par la finesse avec laquelle la musique reflète le sens des paroles. En conciliant la brillante vocalité vénitienne avec l’élocution propre à la tragédie lyrique, la musique de Steffani ouvre la voie à la génération de Haendel, notamment pour l’opéra dont il marque son emprunte aussi fortement qu’un Lully ou Purcell. 
Plus spécifiquement, l’œuvre sacrée de Steffani témoigne à la fois d’un héritage certain de l’art italien du 17ème siècle, porté à ses sommets par Carissimi – et d’une influence forte du contrepoint allemand. C’est en 1706 qu’il composa son Stabat Mater pour chœur, solistes et orchestre. Emaillé de figuralismes, il révèle une très grande maitrise de l’écriture chorale faisant de cette fresque une œuvre d’une très grande qualité. 

>> Approfondir
France Musique, Musicus Politicus (Christophe Bourseiller, production) – 10 septembre 2016 
>> Mission – par Cecilia Bartoli
CD et DVD (production du château de Versailles, 2012)

Zelenka : le Bach catholique ? 
Considéré comme le compositeur tchèque le plus important de l’époque baroque, Zelenka est le fils d’un organiste praguois. Composant sa première messe en 1711, il partit étudier à Vienne auprès du célèbre Johann Joseph Fux, puis à Venise auprès d’Antonio Lotti. Professeur de contrepoint de Quantz, il mena sa carrière de 1719 à sa mort à Dresde, en qualité de vice-maître de Chapelle de la Cour. Il souffrit terriblement de ne pas obtenir le poste de Maître de Chapelle en 1733, suite au décès de son collègue et supérieur Johann David Heinichen, puisque les autorités lui préférèrent Johann Adolf Hasse. Devenant alors « Directeur de la musique d’église », il termina son existence dans la morosité, ne comprenant pas cette déconvenue. 
Estimé et connu de Johann Sebastian Bach, son voisin et contemporain, Zelenka fut au service de la chapelle catholique durant toute sa carrière. L’œuvre sacrée – considérable (plus de 200 numéros) qu’il nous lègue est ainsi considérée comme le pendant catholique de celle, luthérienne du Cantor de Leipzig. Digne représentant du baroque tardif, Zelenka adopte des thèmes étirés façonnés par des progressions harmoniques, un usage fréquent des chromatismes et un goût pour le contraste. Tant la virtuosité de ses œuvres que les couleurs chatoyantes de l’orchestre offrent un aperçu du talent exceptionnel de ce compositeur que nous redécouvrons depuis seulement quelques décennies. 

Une musique d’une vérité saisissante
Maître du figuralisme musical, Zelenka composa 2 Miserere. Celui en do mineur ZWV57 – le plus vaste – est écrit pour chœur et orchestre. L’angoisse du pécheur y est décrite avec une telle force descriptive que nous avons presque l’impression de vivre la scène, faisant de Zelenka un maître de l’expression émotionnelle. Sa structure est totalement anormale. En effet, une première version de ce Miserere ne comprenait que le second mouvement qui n’est autre qu’une référence à la musique Renaissance, parodie d’un des Ricercar des Fiori Musicali de G. Frescobaldi. Plus tard, Zelenka reprit sa partition pour l’augmenter de 5 autres mouvements qui offrent un contraste stylistique ahurissant. Le premier mouvement est, sans doute, le plus marquant – référence « au chœur des trembleurs » d’Isis de Lully.

G.F. Haendel : l’appel de l’Italie ou l’éclosion d’un grand compositeur
Dans cette Europe constellée de cours, l'appel magnétique du soleil de l’Italie est irrépressible. Aussi le jeune saxon Haendel composa à Florence, mais surtout à Rome pour ses protecteurs catholiques toute une série de motets latins dont trois avec chœur. Le Dixit Dominus (HMV 232) est l'œuvre la plus connue de cette période de fougueuse jeunesse (Haendel a 22 ans lors de la composition). Haendel, pendant ces trois années de lumière écrira plus italien que toute la Grande Italie du Monde, plus tard il sera le plus anglais de l'univers avec ses anthems et ses « merveilleuses machines musicales » qu’on appellera : oratorios anglais. 

Composé sur le texte du psaume 109, le Dixit en sol mineur a été écrit à Rome en avril 1707. Ce tout jeune homme, refusant d'abjurer sa foi luthérienne fascine alors le cénacle regroupant les grands de ce monde. Déversant en abondance son charbon musical pour la fournaise catholique romaine, le jeune Haendel, le turbulent saxon ou plutôt le sujet de l'électeur de Brandebourg s'émancipe et s'ébroue. Il réalise avec frénésie ses gammes et se lance en parallèle dans la composition d'innombrables cantates italiennes propres « à faire chanter jusqu'aux êtres inanimés ». Plus que Bach pris dans les glaces piétistes, il faudrait à ce moment rapprocher Haendel de son quasi-jumeau Domenico Scarlatti. Ne pouvant rester en cage en province, Haendel est, et sera plus encore, le prototype du musicien international refusant l'enfermement d'une petite ville. Lui partait déjà, musique au fusil, conquérir l'Europe.
Le Dixit Dominus est -de fait- une composition religieuse sur des textes triomphaux et il sonne profondément catholique et romaine. Pourtant, le caméléon musical qu’est Haendel s'épanouit et, s'il se souvient à jamais de la marque indélébile du choral luthérien, il aurait pu merveilleusement chanter la gloire de toute religion révélée ou non. Le Dixit Dominus correspond ainsi au versant italien de notre compositeur, dans une grande mise en scène de psaumes et d'ornements sacerdotaux propres à la Rome des années 1700. C'est une musique à la fois délicieusement emplie de pompes, d'emprunts vivaldiens ou scarlattiens (Alessandro surtout) et pourtant d'un panache et d'une générosité mélodique jaillissante. Haendel qui vient de trouver sa voix, sa voie aussi qu'il ne quittera plus. 

Une œuvre à la croisée des chemins, entre stile antico et moderno
Exactement contemporaine de la cantate 4 de Bach, le Dixit étonne en utilisant tant les marques du style antique (plain-chant, mélodie presque grégorienne, polyphonie,...) que les techniques les plus novatrices de l'écriture concertante du concerto grosso naissant. Cette œuvre coule, roule parfois, de façon haletante. Elle rebondit comme une cascade sur les rochers du texte du psaume. Dialogue, rebonds, dramatisme, effets « naturalistes », volonté de saisir les passions à la gorge par quantité d'images fortes caractérisent cette œuvre d'emportement, d'enivrement d’un jeune compositeur découvrant Corelli. Le Dixit se sert alors du texte plutôt qu’il ne le sert : qu'importe puisque le résultat est saisissant, le psaume 109 - si souvent mis en musique (Vivaldi deux fois) - trouve un théâtre sonore éclatant. Haendel comme le dit le texte "boit au torrent pendant la marche et c'est pourquoi il relève la tête". Plus tard, le Haendel du Messie et des fastes des couronnements utilisera encore ces vagues tumultueuses ici libérées.

>>Ecouter
Voix des Anges, opus 81 – (à venir)

>>Approfondir
Collection Analyses n°06, Génération 1700 : les dieux de l’Europe musicale
(A venir)