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Paradisum (A. Bruckner - J. Rheinberger)

Paradisum (A. Bruckner - J. Rheinberger)

  • Date de début : 31/05/2020
  • Heure de début : 17:00:00
  • Lieu : Sausheim, église St-Laurent
  • Entrée libre

Musiciens

Programme

Académie Vocale SCHWEITZER
Solistes de l'Orchestre de Chambre de Colmar
Cyril PALLAUD, direction 

Anton BRUCKNER (1824-1896)

Os Justi
Ave Maria
Tantum Ergo
Locus Iste
Pange Lingua
Vexilla Regis
Salvum fac
Christus factus es
Virga Jesse

Joseph RHEINBERGER (1839-1901)
Stabat Mater pour choeur et quintette à cordes


Pour sa nouvelle production, le Chœur de l’Académie se concentre sur deux monuments de la musique romantique a cappella : les motets latins d’Anton Bruckner et le Stabat Mater de Joseph Rheinberger, véritables cathédrales sonores nous amenant vers un au-delà céleste.

EVOCATIONS

La Musique est alors une clef, ouvrant – d’abord, notre mémoire, mémoire du temps qui passe, mémoire des odeurs, des situations et enfin des émotions. Elle est clef du paradis et clef de notre paradis perdu, porte vers un infini que nous pouvons alors, telle une réalité devenue soudainement palpable, toucher du doigt. 

L’Art du fugace qu’est celui des muses d’Apollon possède ainsi un pouvoir suggestif exceptionnel. S’il fait résonner de mille feux notre mémoire, à nouveau ouverte tel un Livre que l’on peut parcourir, il entre-ouvre la porte d’un Imaginaire devenu réel. La clef devient alors clef de lecture, qui telle la Lectio Divina de St-Thomas-d’Aquin nous permet d’entrevoir symboles et allégories, métaphores et paraboles.

Laissez vous enchanter, St-Pierre vous laisse entrer !

Les portes du Paradis

Musique et rites sacrés sont indubitablement consubstantiels : pour preuve, les premières cérémonies furent, dès les origines, accompagnées de rythmes et de chants, véritables catalyseurs de transcendance facilitant une mise au diapason, une syntonie des participants. Devenues, à la Renaissance et grâce à l’invention de l’écriture musicale, de véritables architectures sonores, les œuvres musicales furent alors considérées par leurs créateurs comme des clefs d’accès à un autre monde. Véritable commentaire des textes sacrés dont elle devenait l’allégorie, la Musique tissa un lien entre Liturgie céleste et terrestre, un lien infime, tenu, mais inaltérable entre esprit et matière touchant, dès lors, à notre part d’ineffable. 

Le 19e siècle et l’historicisme
De la Renaissance au romantisme

Le siècle du romantisme est celui, également, de la redécouverte : redécouverte, pour la seconde fois, de l’Antiquité et de ses arts mais également des différents styles et esthétiques. Il vit tant naître les sciences musicologiques et archéologiques que la conscience même de la valeur du patrimoine, de sa conservation et de sa restauration : analyser, étudier et comprendre le passé devint alors une priorité.  La conséquence directe en fut l’apparition du néoclassicisme mais également de multiples courant remettant, par exemple, arts roman et gothique au goût du jour et dont le château de Louis II de Bavière, à Neuschwanstein, en est l’apogée. Musicalement, le même syncrétisme s’opéra alors entre redécouverte des maîtres anciens de la Renaissance et évolutions harmoniques. Le courant cécilien en Italie, la Schola Cantorum et l’Ecole Niedermeyer à Paris replacèrent au centre l’étude du contrepoint et des maîtres italiens et allemands, de Palestrina à Bach.

 

L’imitation de la perfection céleste
Harmonia Mundia et contrepoint

C’est ainsi que les chefs-d’œuvre d’Anton Bruckner et Joseph Rheinberger se situent dans la droite lignée de la musique de la Renaissance, en ce sens où leur objectif premier est d’imiter la perfection divine par le biais de l’harmonie et du contrepoint. L’Harmonie, tout d’abord, qui se base sur les rapports de fréquences entre intervalles et accords, véritable construction verticale du discours musical ; le contrepoint ensuite qui – horizontalement, tisse un lien entre les différentes voix et du multiple nous permet d’arriver à l’unicité. Des œuvres intemporelles car hors du temps

De l’Eternel présent…

Bien entendu, si les objectifs de la musique sacrée de la Renaissance et du Post-Romantisme sont identiques, les moyens pour y arriver seront différents. Dès lors, c’est bien au langage harmonique des post-romantiques que nous serons confrontés dans notre programme mais dans une optique totalement différente de leur musique instrumentale pure.

Pourtant, et à l’image des motets sacrés a cappella de Johannes Brahms, nous seront dans une terra incognita déroutante pour l’auditeur, ne sachant plus réellement à quelle époque situer la musique que l’on entend : entre modalité et tonalité, harmonique renaissance et post-romantique, la frontière entre les styles ne sera plus si claire. Pourquoi ? Car le « langage » n’est alors plus la priorité, seul compte le message du texte qui doit, avant tout, transpercer l’auditeur. Véritable exégèse des textes sacrés, la Musique ne se situe plus, alors, dans notre temps,  elle ouvre les portes de l’Eternité.

Un équilibre parfait entre tradition et modernité

L’Allemagne du 19ème siècle se scinda en deux écoles musicales : d’un côté les tenants de la tradition (Brahms et Schumann) de l’autre les avant-gardistes (Wagner et Liszt). Or, de nombreux compositeurs de qualité attachés au classicisme tombèrent ainsi dans l’oubli, ne réussissant pas à atteindre l’envergure des plus grands. Ce fut le cas de Rheinberger qui, pourtant, laissa à la postérité des œuvres d’une très grande qualité. Estimé de son temps, chef d’orchestre et organiste, il fut surnommé le « Cherubini allemand » par ses contemporains. Disposant de connaissances très précises en contrepoint, il marqua profondément la vie musicale münichoise.

A l’image de Bruckner, il emploie dans ses œuvres toutes les techniques compositionnelles traditionnelles (de la polyphonie renaissance au classicisme viennois et au romantisme naissant) mais en les mettant au service de son message musical.